poids religieux, culturel,
politique et personnel, qu'il occupe, avec raison ou non,
les premiers bancs dans toute discussion sur l'islam et
le statut de femme musulmane.
Les origines du voile sont pour le moins nébuleuses.
Pratique culturelle antérieure à l'arrivée
de l'islam? Le voile aurait à la base servi à
faire une distinction entre les classes sociales. Les femmes
dont les familles étaient assez riches pour leur
permettre de ne pas travailler mettaient le voile pour se
distinguer des moins fortunées ou des esclaves qui
elles, allaient tête nue. Des années plus tard,
les textes sacrés de l'Islam instruisent une pratique
appelée hijab issu de la racine hajaba:
"dérober au regard, cacher" et s'adressent
à tous les musulmans pratiquants ayant atteints l'âge
de la puberté, afin qu'ils fassent preuve de modestie
au niveau de leur code vestimentaire. Le Coran n'offre aucune
précision de plus. Il s'en tient à des préceptes
de base. En présence d'un individu du sexe opposé,
autre qu'un membre de la famille, la femme devrait couvrir
son corps et se comporter de manière sobre. Voilà
où s'arrêtent les écritures. La pratique
du voile telle qu'elle se présente aujourd'hui est
probablement le fruit d'une symbiose entre le culturel,
le religieux et les multiples interprétations régionales.
| Professeur
d'anthropologie aux États-Unis, Fadwa El Guindi,
dans son ouvrage intitulé Veil: Modesty, Privacy
and Resistance, parle des multiples fonctions du
voile dans les sociétés musulmanes. Dans
le monde arabe, "voile" n'a pas de traduction
unique. Plus d'une centaine de termes existent qui font
référence aux différentes parties
de la garde-robe féminine. Pour les femmes, le
voile remplit différentes fonctions sociales
et religieuses. |
Photo:
Peter Stigter // Capsters.com |
Dépendamment
des régions et du contexte culturel, le voile peut
signifier liens de parenté, statut social, pouvoir,
autonomie ou résistance politique. Le voile permet
aux femmes d'avoir un espace privé, loin des regards
et d'une attention à connotation sexuelle de la part
des hommes. Le voile doit être vu et compris comme
un symbole du respect des principes fondamentaux de l'Islam:
la piété, l'humilité et la modération.
En
Occident, les femmes se sont dévêtues pour
se libérer des contraintes sociales et affirmer leur
indépendance. Elles ont donc un peu de mal parfois
à accepter que d'autres n'aient pas ce choix. Assimilation
ou multiculturalisme? Contrairement à la France,
le choix n'est pas si tranchant au Canada. Deux canadiens
sur trois ne voient aucun besoin d'interdire le port du
voile. Au public il est accepté et au privé
il reste à la discrétion des établissements.
Le débat semble se situer ailleurs. Si le voile est
un symbole religieux, il semble traîner derrière
lui un passé pas toujours favorable à la condition
féminine. Reste donc à savoir s'il est un
choix ou une obligation. Si l'interprétation culturelle
du voile, qui réellement a causé du tort aux
droits et libertés des femmes dans certains pays,
est à sens unique. C'est vrai qu'à voir les
jeunes filles épanouies dans les corridors des universités
montréalaises, éduquées, souriantes
et portant le voile avec goût et conviction, parlant
ouvertement de leur choix et de leur contexte familial;
on peut difficilement dire qu'elles ne vivent pas librement.
Mais pour les autres pour qui le religieux a pris des tonalités
de séquestration, qui couvertes de la tête
aux pieds, non seulement n'ont pas la parole pour exprimer
leur opinion mais souvent ne s'y risqueraient même
pas. Le portent-t-elles par choix? Ou par imposition culturelle,
familiale, par peur?
Le voile est un sujet de discorde entre les musulmans eux-mêmes.
La Turquie et la Tunisie, deux pays officiellement musulmans
ont banni le voile des institutions publiques et des écoles.
En Égypte, les présentatrices de télé
ne se couvrent pas la tête non plus. Alors y a-t-il
moyen de séparer le religieux du culturel? Être
musulmane pratiquante sans porter le voile? Attaquée
si souvent, remise sur la table, la question du voile est
pour beaucoup de musulmanes installées en Occident,
la pointe de l'iceberg qui obstrue le cur du sujet.
Le vrai problème est celui du manque de liberté
d'expression, du droit de vote, du droit de travailler ou
de pouvoir simplement faire des choix. Une lassitude et
une frustration d'être des citoyennes de seconde zone
dans leur pays d'origine. L'amalgame entre le voile et l'inégalité
des sexes dans les sociétés musulmanes est
ce qui affaiblit le discours des femmes musulmanes qui se
battent pour un changement. Enlever le voile ou décider
de le porter sont des gestes dont la dimension dépasse
désormais de loin leur portée originelle.
Témoignages.
Témoignages
- Faridah,
36 ans, marocaine
- Mona,
23 ans, syrienne
- Avis
d'expert
Votre
point de vue:
Peut-on,
en Occident, dissocier le voile de l'image négative
qu'il projette du sort des femmes dans les sociétés
musulmanes?
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